REOUVERTURE DES BIBLIOTHEQUES LE 11 MAI, UNE CONSIGNE IRRESPONSABLE ET FALLACIEUSE

lundi 4 mai 2020
par  Fédération Sud CT

Communiqué

Le 28 avril, lors des annonces d’un premier ministre manifestement dépassé par la gestion du CO-VID-19, les bibliothécaires ont appris avec effarement que le gouvernement envisageait la réouverture des médiathèques dès le 11 mai. Alors qu’il interdisait par ailleurs les rassemblements de plus de 10 personnes en extérieur, il autorisait les enfants "volontaires" à se retrouver à 15 dans les classes. C’est dire le haut niveau d’improvisation de l’exécutif depuis le début de cette crise sanitaire !

Cette mesure a mis le feu aux poudres : alors que la quasi-totalité des établissements n’envisageait qu’une réouverture très partielle avec des services adaptés, cette décision vient à l’en-contre des réalités de terrain, d’usages des médiathèques et des avis élémentaires de prudence sanitaire.

Nous, bibliothécaires, ne pouvons que nous opposer fermement à cette consigne irresponsable et fallacieuse.

Nous restons profondément attaché.e.s aux différents publics et aux espaces de lecture et de vie dans lesquels nous les accueillons habituellement. Nous restons tout autant attaché.e.s à la valeur des collections que nous mettons à leur disposition. Nous ne nous satisfaisons aucunement du "tout numérique" imposé par la fermeture des bibliothèques, "tout numérique" qui exclut de nombreux.es usager.e.s. En l’état actuel du risque pandémique non maîtrisé, nous revendiquons le maintien de la fermeture aux publics des bibliothèques et médiathèques en France.

La reprise du travail dans les établissements ne peut se faire que de façon très progressive, sans ouverture aux publics et avec toutes les garanties de sécurité sanitaire et d’équipements de pr-tection pour les personnels.

Face à la méconnaissance des réalités du terrain et à l’aveuglement de certain.e.s de nos dirigeant.e.s, la Fédération SUD CT rappelle :
• aux employeurs, l’obligation générale de maintien de la santé et de la sécurité en matière de protection de ses salarié.e.s (art. L 4121-1 du Code du Travail) ;
• qu’aucune méthode ne permet aujourd’hui d’assurer totalement la sécurité sanitaire des agent.e.s et des publics ;
• que les agent.e.s sont les meilleur.e.s connaisseur.e.s de leur travail et de son organisation.
C’est pourquoi, pour la "remise en service" des bibliothèques, nous revendiquons :
• aucune reprise de travail sans que les mesures de sécurité sanitaire soient mises en place, telles que des tests systématiques et répétés ;
• la mise à disposition de gants, de masques, de gel hydroalcoolique, de produits nettoyants pour les ouvrages, documents et matériels... en quantité suffisante ;
• aucune réouverture des bâtiments au public dans l’immédiat, mais plutôt la proposition d’autres services permettant l’accès aux collections, sans contact direct avec les usager.es ;
• des projets de réouverture à construire en concertation avec les équipes concernées en impliquant systématiquement tous.te.s les agent.e.s et leurs représentant.e.s ;
• et par conséquent la mobilisation des instances représentatives du personnel, tels les CHSCT et CT, pour l’élaboration et le suivi des plans de reprise d’activité ;
• les aménagements nécessaires à la mise en place des gestes barrières et des mesures de distanciation sociale ;
• la garantie de la sécurité sanitaire des agent.e.s dans le traitement de la chaîne du livre et leur activité quotidienne ;
• la mise en oeuvre des plannings de rotation des agent.e.s pour tenir compte de l’augmentation de la fatigue liée au surcroît de vigilance ;
• faute de mieux, de privilégier le travail à distance avec le matériel adéquat ou de maintenir les agent.e.s en ASA en cas de fragilité ou de garde d’enfants ;
• une reprise progressive qui ne doit concerner que le nombre d’agent.e.s strictement nécessaire au fonctionnement des services proposés ;
• aucune augmentation des horaires de travail des personnels, ni aucun élargissement des horaires d’accès à la bibliothèque ;
• des aménagements qui permettent aux agent.e.s de se rendre sur leur lieu de travail dans les conditions de sécurité maximum ;
• des droits identiques, que ce soit en matière de protection de la santé ou de rémunération, pour tou.te.s les agent.e.s mobilisé.e.s, titulaires, contractuel.le.s et vacataires ;
• une vigilance particulière des collectivités sur les conditions de travail des intervenant.e.s exterieur.e.s, en conformité à la situation actuelle.

Sans la mise en place de ces conditions minimales de protection pour leur santé, la Fédération SUD CT rappelle aux agent.e.s qu’ils-elles peuvent exercer leur droit de retrait. En cas de refus, des préavis de grève ont été déposés. Les équipes auront toute latitude pour les employer afin de se faire entendre.

Dans un contexte de reprise de l’activité alors que la pandémie est loin d’être terminée, la réouverture des bibliothèques et autres lieux culturels, encouragée par Edouard Philippe est totale-ment irréaliste et irresponsable. Les bibliothécaires, dont on ne peut nier l’engagement en cette période de crise, ne comprennent pas cette urgence à rouvrir coûte que coûte les espaces des bibliothèques aux publics, comme avant le 16 mars. Cela ne peut se faire ni au prix de la santé des agent.e.s et des usager.es, ni pour redorer l’image de quelques politiques et élu.e.s, ni par excès d’autoritarisme !

Leur urgence n’est pas la nôtre !

Le 30 avril 2020.


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